Troger Inside – Interview de Gregory Scherrer, Chef de chantier

À 45 ans, ce professionnel de terrain au caractère bien trempé, totalise 25 ans d’expérience chez Troger, dont 22 en tant que Chef de chantier. Gregory Scherrer incarne parfaitement son rôle de Chef de chantier, héritier de cet esprit des bâtisseurs qui fait la noblesse du métier depuis la nuit des temps : de l’autorité sans abus, de la compréhension sans atermoiement. Dans cette interview, il nous présente sa fonction dans un monde manuel peu impressionné par les bouleversements technologiques.
Pour rappel, quelles sont les fonctions du Chef de chantier ?
Mon rôle consiste principalement à piloter les opérations sur le terrain. Je gère les équipes, organise le planning d’intervention, commande le matériel afin que chaque étape soit parfaitement contrôlée, notamment lorsque plusieurs corps de métier travaillent de concert. Je m’assure que nous travaillons dans de bonnes conditions, dans le respect des directives fixées par nos interlocuteurs : architectes, ingénieurs, assistants au maître d’ouvrage. Je résous les difficultés rencontrées par mes équipes, avec pour objectif de ne jamais ralentir notre programme de travail.
Dans votre quotidien, qui sont vos interlocuteurs ?
Je suis au contact permanent de mes équipes sur le chantier, mais aussi des autres corps d’état lorsque les plannings se chevauchent, ce qui n’est pas rare. Je suis présent aux réunions de direction de travaux et aux séances techniques des bureaux d’ingénieurs. Le Chef de chantier est en quelque sorte le point de convergence des différents intervenants, tout au long des travaux. Nous gérons énormément de coordination, notamment pour éviter les points de tension techniques ou organisationnels.
Quelle est votre approche personnelle avec les équipes que vous gérez ?
Je fonde mon activité sur trois principes que sont l’équité, l’écoute et la capacité de décision.
Le matériau du Chef de chantier, c’est l’humain. Les travailleurs de terrain attendent qu’on respecte leurs valeurs et que l’on cultive un bon climat sur le chantier. J’accorde beaucoup d’importance à cela. J’essaie donc de créer un environnement positif. J’organise régulièrement des moments conviviaux, où nous déjeunons ensemble et pouvons partager notre expérience, mais aussi nos sentiments. Contrairement aux idées reçues, mon métier est aussi technique que social, sachant que chaque personne est différente, avec ses attentes et ses contraintes.
En quoi est-ce un métier intéressant ?
C’est un métier complet, qui permet de transmettre les savoir-faire, de montrer comment faire mieux, plus efficacement. Le métier offre de vraies perspectives. On peut évoluer progressivement, souvent en apprenant sur le terrain. Dans mon cas, je forme moi-même des futurs Chefs de chantier : ils travaillent avec moi pendant plusieurs années, puis prennent leur autonomie.
Y a-t-il une formation de Chef de chantier ?
Oui, il existe des formations, notamment des brevets permettant de devenir Technicien ou Chef de chantier. Mais dans la pratique, beaucoup apprennent sur le terrain. C’est un métier où l’expérience compte énormément.
Comment un Chef de chantier peut-il envisager son évolution ?
Certains de mes confrères évoluent vers des fonctions plus techniques ou de gestion. Pour ma part, je préfère rester sur le terrain.
Qu’est-ce qui a changé dans votre profession depuis 20 ans ?
Le cœur du métier a peu évolué. Les techniques et les matériaux ont changé à la marge, mais les fondamentaux restent les mêmes. L’impact de l’intelligence artificielle sera surtout visible dans les bureaux, notamment pour les études et la planification. Le métier restera très concret, même si les outils numériques continueront à se développer. Chez Troger, nous utilisons les tablettes depuis de nombreuses années, ainsi que des outils de suivi numérique comme le BIM, et nous sommes désormais équipés d’un système de guidage appelé TRIMBLE , doté d’un pointeur laser, qui nous permet de positionner nos conduites au millimètre prêt et constitue la chaîne d’exécution du BIM sur le terrain.
Troger est un acteur important dans son secteur d’activité : quelles garanties offre une entreprise de cette taille, par rapport à des structures plus modestes ?
La principale force de notre entreprise, c’est la qualité du travail, notamment dans le respect des normes, ce qui demande plus de rigueur et d’investissement. C’est aussi une entreprise qui se donne les moyens de bien travailler, avec du matériel adapté, une organisation solide, et une stabilité financière et humaine appréciée des clients.
Votre fils est apprenti chez Troger. Qu’est-ce qui l’a amené à ce choix ?
C’est avant tout un choix personnel. Il est très manuel et a rapidement été attiré par le métier. Il a découvert le terrain à travers des stages, et l’ambiance lui a plu. C’est un environnement où il se sent bien.
Pour clôturer cet entretien, en quoi pensez-vous que la profession de Chef de chantier est attractive pour un jeune ?
C’est un métier concret, dynamique, avec une forte dimension humaine, une vraie camaraderie et de réelles perspectives d’évolution. Là où l’IA va probablement détruire beaucoup d’emplois, le secteur de la construction, lui, va se valoriser. Mais il faut avoir une nature à la fois conciliatrice et ferme, ne pas craindre la pression et posséder de réelles aptitudes de gestion et de coordination. Je le recommande vivement aux jeunes générations !


